La question de savoir comment la pluralité des attributs de Dieu pouvait se concilier avec son unicité essentielle est l’une des problématiques de la théologie musulmane. Mizane.info publie un chapitre du Traité théologique de Razi consacré aux Noms et Qualités dans lequel il expose les différentes positions des écoles musulmanes. Une traduction et des notes signés Maurice Gloton.
Examen des positions doctrinales des savants sur les noms et les qualités de Dieu
I – Positions doctrinales fondamentales sur les Noms de DieuSache-le ! Certains nient qu’Allâh (Dieu) ait des Noms mais admettent qu’Il a des Qualités. D’autres professent le contraire, affirment l’existence des Noms et refusent celle des Qualités. Enfin d’autres reconnaissent qu’Allâh a des Noms et des Qualités.1) Négation des Noms divins et affirmation des qualités divinesCeux qui nient l’existence des Noms mais admettent celle des Qualités soutiennent que la Réalité essentielle du Vrai (haqîqat al-haqq) ne peut être connue des créatures et des hommes. Pour fonder cette position, ils avancent que Sa Réalité essentielle ne saurait être connue des créatures et en conséquence Allâh ne peut avoir de Nom.La première prémisse (à savoir que la Réalité essentielle d’Allâh ne peut être connue) se comprend ainsi : Ce que les créatures connaissent d’Allâh s’exprime soit 1) en mode d’existence ou d’être (wujûd), soit 2) en mode de dépouillement ou de négation existentielle (sulûb), soit enfin 3) en mode de relations (idâfât). Dans le premier cas, la connaissance de l’existence d’Allâh n’est pas celle de Sa propre Réalité essentielle car l’existence connue s’oppose à la privation ou non-existence (‘adam). Cet argument rationnel est de compréhension générale et est reconnu s’appliquer à toutes les créatures possibles (mumkinât), mais à Sa propre Réalité essentielle on ne peut pas Lui attribuer cette conception. C’est ainsi que l’existence (des créatures) est autre que cette Réalité essentielle.
II – Réfutation de ces opinions
Réfutation de la première difficulté Pourquoi ne serait-il pas valable d’affirmer que les qualités possibles en soi deviennent nécessaires par la Réalité ou existence (wujûd) de l’Essence en réponse à cette proposition (que vous émettez) :« Il est nécessaire que le non-composé ou simple soit patient et agent 1 » Nous objecterons donc ceci : Pourquoi cela ne serait-il pas possible ? Sa réalité essentielle (haqîqa) n’appelle-t-elle pas l’Existence (wujûd), l’Unité (wahda) et la détermination (ta‘yîn), toutes trois qualifiées par Sa Réalité 2 !D’autre part, l’opinion selon laquelle « tout être dans le besoin d’un autre est adventice » peut recevoir cette réponse : c’est qu’il manque d’existence, d’unité et de détermination puisqu’elles sont toutes trois des propriétés qui lui resteront inhérentes (lawâzim).Réfutation de la deuxième difficultéPourquoi n’est-il pas possible que l’Essence soit nécessaire aux Qualités et que, de plus, elle soit décrite par celles-ci comme existante (mawjûda) pour les créatures 3 ?Réfutation de la troisième difficultéL’Essence, nécessaire aux Qualités, est considérée comme parfaite par soi et non par un autre 4.Réfutation de la quatrième difficultéLes Chrétiens affirment des Personnes éternelles autonomes (qudamâ’ mustaqilla bi-anfusihâ).Ne remarques-tu pas qu’Ils rendent licite l’incarnation des personnes hypostatiques (aqânîm hulûl) dans le corps de Marie et de Jésus – sur eux la Paix – tandis que nous, nous n’affirmons pas des Personnes éternelles autonomes. Telle est bien la différence des deux points de vue 5.Voici donc réfutées ces quatre difficultés doctrinales.III – Notre position sur la question
Saches-le ! La confusion qui s’empare des Intellectuels devant l’affirmation ou la négation des Qualités résulte de deux propositions contradictoires qui tiennent les intelligences en arrêt. La première proposition est que l’Unité (wahda) est parfaite et la multiplicité (kathra) imparfaite.Cette constatation doit inciter à reconnaître la suprématie (mubâlagha) de l’Unité divine en sorte qu’elle revient à la négation des Qualités.La seconde proposition est que l’Existant (mawjûd) se trouve puissant sur toutes les choses soumises à Sa Puissance (maqdûrât), savant de toutes les choses connaissables (ma‘lûmât), vivant, sage, oyant et voyant, d’une perfection telle, c’est indubitable, qu’elle n’a aucun rapport avec l’être existant qui n’est ni puissant, ni savant, ni vivant par soi et qui, en outre, n’a pas la conscience intime de ce qui émane de lui, ni la puissance de faire ou de ne pas faire.
