Dans une tribune publiée par Mizane.info, le rabbin Gabriel Hagaï clarifie la différence conceptuelle entre une démarche de maturité spirituelle engagée dans un dialogue interreligieux et la perspective proposée par le libéralisme religieux.
Je pense qu’il est important de ne pas confondre une ouverture spirituelle (que je prône) avec une attitude libérale de la religion (que je dénonce), comme le font malheureusement de nombreuses personnes. Les deux choses sont très différentes.
Par contre, le “libéralisme religieux” est l’abandon sans discernement de certains dogmes et pratiques normatives de sa tradition religieuse. On enlève ce qui dérange au gré des modes du politiquement correct, sans réelle justification spirituelle. Cette attitude libérale prône un relativisme dangereux qui mène à un renoncement des structures transformatives traditionnelles et à une confusion spirituelle – jusqu’au point de ne plus être capable d’élever le pratiquant à réaliser sa nature divine. C’est une véritable arnaque ! Le libéralisme ne propose plus un chemin complet de transformation spirituelle, il dénature l’essence même de la spiritualité en transformant la religion en un “club social” basé sur les sciences humaines (psychologie, sociologie, histoire, etc.). Aucune branche libérale n’a d’ailleurs jamais produit ne fusse qu’un(e) saint(e) – ce qui est un signe évident que l’Inspiration Divine n’y est pas présente.
Par exemple, c’est désormais la mode parmi les courants religieux libéraux de forcer l’adhésion à un cahier des charges précis concernant les LGBTQ, histoire de se démarquer des branches orthodoxes originales de leurs religions respectives. On est passé ici du respect des minorités LGBTQ (que tous devraient avoir) à la promotion active ! Comme vous l’avez compris, je pense que ce libéralisme est dangereux. Pour conserver la pertinence de sa tradition sacrée, il est nécessaire de rester strict, ou rigoureux, dans sa pratique religieuse et dans son engagement spirituel. Il faut garder l’esprit dans la lettre, sachant que la forme sans fond est vide, et que le fond sans forme pour le contenir n’a pas de sens. Rien à voir avec le fait que parfois il existe la nécessité de transgresser la lettre pour accomplir son esprit à un niveau supérieur. Cette transgression n’est alors qu’apparente. C’est ce que dit le verset (Psaumes CXIX:126) : « ˁÉth laˁasôth la-YHWH héféru Tôrâthèkhâ (Quand il faut agir pour l’Éternel, qu’ils transgressent Ta Torah). » – pas selon son sens littéral (peshâṭ) mais selon son derâsh (sens homilétique).

