Notre vie est saturée d’information au détriment du savoir. La reproduction en boucle de la négativité des informations et des opinions sur les réseaux sociaux construit une nouvelle ère pour la conscience pessimiste de l’humanité. Comment comprendre cette évolution, et surtout, comment échapper à ses effets délétères ? C’est tout l’objet de ce manifeste qui tente de réinscrire les notions de bien, de sociabilité positive et d’émulation au cœur de cette double problématique de l’information et des réseaux sociaux.
L’information est un produit à consommer avec modération. Ce slogan, de première importance pour la santé des internautes, n’est affiché nulle part. Au coeur de la vaste industrie des nouvelles technologies et des interminables autoroutes de l’information qui, 24h sur 24, se fraient, en flux ininterrompu, un chemin jusque dans les arcanes les plus secrètes de l’âme, du coeur et de l’esprit humain, se joue un enjeu secret, invisible, intime et salutaire : quel type d’humanité allons-nous choisir d’incarner ?
Une bien vaste question que nous vous proposons d’aborder très brièvement sous l’angle de la santé mentale, psychologique et culturelle de l’homo technologicus que nous sommes devenus à la (dé)faveur des mutations soudaines et compulsives du capitalisme marchand et de la science dressée et domestiquée à des fins ouvertement mercantiles. Nous vivons à l’ère de l’information globale, totale. Information en continu, réseaux sociaux (facebook, twitter, Whatsapp, instagram, messenger), vidéos en ligne : nous mangeons de l’information matin, midi et soir. Ce mode de fonctionnement addictif, cristallisé par l’utilisation du smartphone, a généré et génèrera de plus en plus toutes sortes de pathologie dont nous ignorons à ce jour l’ampleur de la gravité.
Le cercle vicieux de l’information continuelle
Ainsi de l’anxiété conçue par les chaînes d’information en continu qui produisent en boucle des heures durant, voire des jours, la même information ou le même type d’information. Le «stress dû aux informations sur des catastrophes peut avoir un impact négatif très important sur la santé mentale et émotionnelle, et les effets peuvent durer plus longtemps que les gens ne l’imaginent», témoignait la journaliste spécialisée de Forbes Tara Haelle.
Terrorisme, chômage, meurtre et faits divers, mensonges et dévoiements politiques, guerres : le consommateur d’information du XIXe siècle est un être passif, dépressif, fataliste et irrémédiablement tourné vers la consommation compensatoire de l’achat compulsif destiné à le soulager, de manière provisoire et précaire, de la folie du mondeA cette fin, deux niveaux d’intervention doivent être distingués. Celui de la production d’information journalistique diffusée par les médias. Celui de l’usage et de la production de contenu personnel sur les réseaux sociaux. Sur le premier point, nous proposons, au titre de professionnel de l’information et de l’expertise qu’une pratique continue de l’information nous a conféré, ceci : la production diffuse d’une contre-information psychologique, qui, sur le plan du contenu, est une information comme une autre, mais qui diffère quant à la nature de sa réception et quant à ses effets psychologiques. Nous faisons tout simplement référence à la nature de l’information qui est régulièrement produite dans les médias, information qui a la caractéristique d’être massivement négative, anxiogène et qui participe de la construction massive d’une conscience pessimiste du monde. Terrorisme, chômage, meurtre et faits divers, mensonges et dévoiements politiques, guerres : le consommateur d’information du XIXe siècle est un être passif, dépressif, fataliste et irrémédiablement tourné vers la consommation compensatoire de l’achat compulsif destiné à le soulager, de manière provisoire et précaire, de la folie du monde.
La suprématie de la négativité
La négativité quasi exclusive du statut de l’information crée un univers de non sens, de détresse psychologique, de neurasthénie morale qui se répercute sur le type d’humanité que nous incarnons. Le buzz, l’effet d’audience, le conflit, le scandale, la violence et la pornographie, sont recherchés et encouragés pour faire affluer comme un essaim d’abeille ce flux de consommateurs dont les grands groupes médiatiques espèrent recueillir le capital, nectar mielleux dont ils se gavent en permanence. Sur le plan technique, une information désigne en journalisme, un fait nouveau, singulier, qui tranche de la banalité du quotidien. Cette acception désigne en principe la nouveauté positive ou négative. Or, la pratique du métier a semble-t-il favorisé davantage la seconde sur la première. Le fameux dicton « on ne parle que des trains qui arrivent en retard, jamais de ceux qui arrivent à l’heure » fait référence à cette négativité.
Apportons la bonne nouvelle !
Contre cette descente aux enfers psychologiques et sociales, il y a un antidote : la bonne nouvelle. Contrairement à ce qu’un endoctrinement médiatique permanent pourrait nous fait croire, il y autant de bonnes nouvelles dans le monde que de mauvaises. Elles sont seulement invisibilisées et voilées, dissimulées dans le nuage de fumée des guerres et des atrocités humaines diffusées en continu. Nous proposons donc de développer un genre spécifique que nous pouvons définir comme une « évangélisation » littérale de l’information globale (du grec évangelos, bonne nouvelle). Rechercher, identifier, reconnaître, étudier et diffuser les bonnes nouvelles sont les missions caractéristiques de cette discipline journalistique qui puise ses racines dans une conception religieuse qui mériterait tout un développement théorique autour des notions d’information, de bonne nouvelle et de source.Les vertus de la bonne nouvelle sont nombreuses. Elle est contagieuse, elle est exemplaire : elle génère de l’empathie et fabrique du mimétisme. Elle redonne espoir, tisse des liens, construit des ponts. Elle libère l’avenir et donne du sens au présentDans la pensée religieuse, la notion évangélique de « bonne nouvelle » ne renvoie pas seulement au christianisme venu annoncer l’imminence du Royaume de Dieu mais aussi à l’islam et de manière générale à la doctrine monothéiste. L’annonce de la bonne nouvelle est dans la conception islamique une des deux missions incombant aux prophètes venus annoncer la bonne nouvelle du pardon de Dieu et du Paradis aux croyants, fonction désigné par le terme arabe « al bashar », qui est également l’un des noms du Prophète Muhammad (l’autre mission est l’annonce coranique d’un châtiment douloureux à tous ceux qui auront mécru et rejeté le message des prophètes, ndlr). Elle renvoie elle-même à l’attribut divin d’« Al Khabir », le Bien-Informé, l’un des plus présents dans le Coran (mentionné dans 41 versets et 26 sourates) et constitue le socle de la notion islamique d’espérance. De manière générale, les vertus de la bonne nouvelle sont nombreuses. Elle est contagieuse, elle est exemplaire : elle génère de l’empathie et fabrique du mimétisme. Elle redonne espoir, tisse des liens, construit des ponts. Elle libère l’avenir et donne du sens au présent. Les bonnes nouvelles sont parmi nous, elles nous entourent discrètement : à nous, donc, de leur restituer leur visibilité médiatique globale, non pas pour voiler à son tour la négativité de l’homme mais pour l’équilibrer harmonieusement et lui restituer sa bienfaisance ontologique que d’obscurs miroirs médiatiques, miroirs grossissant, miroirs déformant, lui ont confisqué.
Le réseau social comme dépossession de soi
Une autre possibilité pourrait être d’envisager différemment notre rapport aux réseaux sociaux non plus en terme de compte personnel mais de compte lié à un projet (intellectuel, social, religieux, culturel,etc), rapport qui justifierait les échanges et encadrerait les débats dans un sens plus utile et profitable à soi-même comme aux autresConstruits sur la règle dévastatrice de l’addiction consumériste, les réseaux sociaux sont devenus des lieux de contamination psychologiques pour beaucoup d’internautes qui y voyaient au départ l’occasion fabuleuse d’exprimer des avis, de participer à des débats, de diffuser des information, voire de la connaissance, promesse de liberté dévoyée en projet d’aliénation industrielle des esprits, comme cela arrive fréquemment avec les utopies.
Réinventer les réseaux sociaux
