Mizane.info vous invite à une plongée sommaire dans la quatrième partie (fî al-lawahîq wa al-mutammât) de l’ouvrage incontournable de la théologie islamique « Lawâmi‘ al-bayyinât fî al-asmâ’ wa al-çifât » (Le Livre des Preuves Éclatantes sur les Noms et les Qualités) de Fakhr ad-Din Razi. Un chapitre consacré aux noms attribués à l’essence de Dieu.
Des noms d’essence de Dieu (asmâ’ al-dhât)I – LE NOM AL-SHAY’ : LA CHOSELa plupart des personnes professent que le nom SHAY’ s’applique à Allâh. Jahm b. Safwân (par contre) affirme qu’il n’est pas permis d’employer ce nom pour Allâh. (Pour affirmer que ce nom s’applique à Allâh), nous avons l’autorité du Coran et de la langue :Du Coran, d’après les deux versets suivants : Dis : Quelle chose est plus grande en matière de témoignage ? Dis : Allâh, Témoin entre moi et vous… (qul ayyu shay’in akbaru shahâdatan. Qul Allâh shahîdun baynî wa bayna kum) (Coran VI, 19). Toute chose est périssante sauf sa face (ou Sa Face) (kullu shay’in hâlikun illâ wajhu hu) (Coran XXVIII, 88).Il faut entendre par sa face, son essence (dhâtihi). Allâh fait du nom shay’ une exception (par la particule illâ : sauf, car il s’agit de la face de la chose ou d’Allâh qui est Son Essence). Or, l’exception (istithnâ’) portant sur une différence spécifique (khilâf al-jism) repose sur une différence fondamentale (khilâf al-açl).De la langue :Dans l’usage on dit : le non-existant n’est pas une chose (al-ma‘dûm laysa bi shay’(in)). L’existant est une chose (al mawjûd huwa al-shay’(un)). Dans ces deux propositions le même mot chose, shay’ est employé comme synonyme d’existant et ainsi, quand la chose est existante, l’existant est une chose.Aussi, celui qui dit : l’inexistant est une chose, affirme bien la chose qu’il convient de connaître et d’exprimer. Il en résulte que la notion d’existant (al-mawjûd) est plus particulière que celle de chose (shay’). Or, si le particulier (khâçç) se vérifie, le général (‘âmm) se vérifie également. Il faut alors conclure qu’Allâh – exalté soit-Il – est nommé par le mot chose, shay’ (notion plus générale que celle d’existant appliquée à Dieu).(Pour prouver que le nom : shay’ ne convient pas à Allâh), Jahm b. Safwân1 , argumente en s’appuyant sur le Coran et la raison :Le Coran : il cite deux versets (à l’appui de sa thèse).Le premier : Allâh, créateur (ou Celui-qui-détermine-la-juste-mesure-principielle) de toute chose 2 (Coran XIII, 16). Or, si Allâh s’était nommé par le mot chose, il résulterait, du sens obvie de ce verset, qu’Il est Créateur pour Soi-même (li-nafsihi) ce qui est absurde (car la fonction du Créateur est de manifester la création).Il ne convient pas de soutenir qu’il s’agit en l’espèce d’une (proposition) universelle qui inclut l’attribution particulière (takhçîç), car la particularisation du général (takhçîç al-‘âmm) est seulement possible dans une figure (çûra) dans laquelle la compréhension du tout (majrâ al-kull) n’est pas envisagée comme s’appliquant au plus grand nombre (jary al-akthar).Le Dieu-Producteur (bârî), Lui, est l’Existant le plus éminent qui n’est pourtant pas concerné par cet exemple, en l’occurrence. Il n’est donc pas possible d’affirmer que le verset précité Allâh (est) le Créateur de toute chose, soit considéré comme une proposition de sens universel dans laquelle la particularisation peut rentrer.Le second verset est celui-ci. Aucune chose n’est semblable à Lui (ou comme Son semblable) (laysa ka mithlihi shay’un) bien qu’Il soit l’Oyant et le Voyant (Coran XLII, 11). Or, le semblable du semblable est identification (mith mithlihi huwa huwa).
