Quelle était la place et le rôle des femmes dans les mosquées à l’époque du Prophète ﷺ ? Dans une chronique publiée en deux parties sur Mizane.info, Vanessa.C répond à cette question en mobilisant les récits les plus authentiques de la tradition musulmane.
A l’époque du Messager de Dieu ﷺ, les compagnons et les compagnonnes étaient globalement emplis d’une ferveur religieuse qui ne sera plus jamais retrouvée, délaissant les tentations de ce bas-monde et faisant les plus grands sacrifices pour que la dernière Révélation puisse être vécue au grand jour, puis être transmise aux générations futures. Cette ferveur se manifestait en bien des aspects différents et nous allons nous attarder sur l’un d’entre eux : la fréquentation par les compagnonnes des mosquées au temps du Prophète ﷺ, et comment son autorité spirituelle et temporelle avait normalisé le fait que les femmes aient toute leur part dans les mosquées.La prière des femmes au temps du Prophète Muhammad
Concernant les femmes, l’idée essentielle à retenir est qu’elles pouvaient fréquenter les mosquées en de multiples occasions, et que le degré de fréquentation dépendait de la volonté et de la possibilité des unes et des autres. Il faut dire qu’en venant assister aux prières quotidiennes, celles à voix haute notamment, les croyants et les croyantes pouvaient entendre directement le Coran et ainsi apprendre les dernières Révélations divines.En assistant aux prêches ils revivifiaient leur foi et savaient comment pratiquer leur dîn (religion). En y observant le Prophète ﷺ, ils pouvaient s’imprégner du meilleur modèle humain. En se rendant auprès du bien-aimé Envoyé ﷺ mais aussi des compagnons savants et des imams, ils pouvaient être en contact avec les autorités religieuses et politiques, pour tout besoin. En se retrouvant en groupe, ils pouvaient réaliser la fraternité islamique.Les ahâdîth authentiques nous montrent dans quelle mesure les compagnonnes ou du moins certaines d’entre elles, se rendaient dans les mosquées au temps du Prophète ﷺ, en termes de fréquence et de circonstances liés à tels ou tels événements ou motifs.Plusieurs récits montrent ainsi une fréquentation quotidienne par certaines compagnonnes, comme ce hadith de ‘Aïcha (qu’Allâh l’agrée) a dit : « Des femmes parmi les Croyantes participaient à la prière de l’aurore (fajr) qu’accomplissait l’Envoyé de Dieu. Elles étaient recouvertes par leurs voiles et (dès la prière terminée), elles repartaient vers leurs habitations sans être reconnues. » (Sahîh al Boukhârî et Muslim).
La mosquée, lieu de savoir, d’aide et de socialisation des femmes
Les compagnonnes furent elles-mêmes actrices du savoir lorsqu’elles demandèrent au Prophète ﷺ un jour d’enseignement qui leur soit réservé : d’après Abou Sa’id El Khodry, des femmes s’adressèrent un jour au Prophète et lui dirent : « Les hommes sont prioritaires auprès de toi. Consacre-nous un jour que tu choisiras (pour nous prodiguer l’enseignement). » Le Prophète leur consacra donc un jour et leur fit un prêche comportant des choses et d’autres. » (Boukhârî)A côté de ce cours particulier, les femmes assistaient aux sermons collectifs à la mosquée entre les prières comme nous le montre le hadîth de Fatima bint Qays dans le Sahîh Muslim où le Prophète ﷺ averti ses compagnons au sujet du Dajjal, ou encore les épouses du Prophète pouvaient écouter depuis leur appartement les discours qu’il faisait dans la mosquée : ainsi l’épouse du Prophète Umm Salama qui était également une savante, nous rappelle que la quête du savoir vaut quel que soit son sexe : « Un jour alors qu’une fille était en train de me coiffer, j’entendis l’Envoyé d’Allâh (psAsl) dire : « ô vous les gens ». Je dis à la fille « laisse-moi ». Elle dit : « Il s’est adressé aux hommes uniquement et n’a pas mentionné les femmes. » Je dis : « Je fais partie des gens aussi ».
L’engagement pour la religion : financement et aides multiples
Nous voyons dans certaines collectes réalisées spécifiquement auprès des femmes dans la mosquée, les bases et les prémices d’un financement beaucoup plus large du culte tout au long de la civilisation islamique.Le Prophète ﷺ, qui incitait régulièrement ses compagnons à faire œuvre de charité pour aider nombre de démunis dans la société d’alors, fit cette demande spécifique aux femmes : « Faites l’aumône, ne serait-ce que de vos bijoux. » (Sahîh al Boukhârî).Un autre récit présent également chez al Boukhârî stipule : « Plus tard, le Prophète ﷺ a prononcé son discours de l’Aïd et ensuite vint faire son chemin à travers les gens, jusqu’à ce qu’il atteigne les dames, accompagné de Bilal. »La suite du hadith raconte comment le Prophète ﷺ fit recueillir l’allégeance de toutes les femmes avec des recommandations morales fondamentales (ne pas associer à Dieu, ne pas voler etc. comme le mentionne le verset 12 de la sourate al-Mumtahanah) et comment Bilal recueillit les bijoux que les femmes donnèrent en aumône.Plus tard, l’islam put trouver des femmes fortunées qui furent mécènes de mosquées comme la célèbre Fatimah al Fihriryya qui fit fonder la mosquée d’al Qarawiyyin à Fès, de même que sa sœur Maryam qui fonda la mosquée al Andalus dans la même ville, et nombre de femmes liés à des sultans, des princes et des gouverneurs qui financèrent d’importantes réalisations architecturales et fondation pieuse.En matière de financement du culte, la célèbre Roxelane (Hürrem Sultane), épouse favorite du calife Soulayman le magnifique atteignit un sommet avec la construction d’un majestueux complexe comportant une mosquée, une madrassa, une école élémentaire, un hôpital pour femmes, une fontaine publique et un Imaret dispensant une aide alimentaire chaque jour à des centaines de pauvres, dans la capitale Istanbul, de même que de grands bains publics pour les hommes et les femmes à proximité de la mosquée Aya Sophia ; en province elle promut des édifices d’intérêt public et fondations pieuses dans nombre de villes (constituant notamment en une aide alimentaire à grande échelle)[1].
