Etudiante en communication et en marketing, Imane Boon, qui propose des recettes accessibles aux étudiants en difficulté, a été récemment amalgamée aux attentats du 11 septembre dans un tweet de la journaliste Judith Waintraub. Mizane.info a donné la parole à des femmes, étudiante, citoyenne engagée, entrepreneure, françaises et belge, pour comprendre cette nouvelle dérive médiatique.
La France, ce curieux pays où une caste d’éditorialistes, de journalistes et de politiques s’adonne régulièrement à une activité qu’ils affectionnent particulièrement : la lapidation médiatique des femmes voilées !Enième « polémique » en date, le tweet de la très humaniste Judith Waintraub amalgamant une jeune étudiante de 21 ans, engagée socialement en faveur des étudiants en difficulté en leur prodiguant des conseils de recettes économiques dans une vidéo de BFM TV, aux attentats du 11 septembre !Un tweet qui a valu à la journaliste ainsi qu’à la jeune étudiante des menaces de la part de trolls (comptes anonymes), une pratique malheureusement courante sur les réseaux sociaux.https://www.youtube.com/watch?v=YhYOUAl82F0&ab_channel=LeperroquetImane Boon a décidé de fermer son compte twitter tandis que Judith Waintraub recevait une série de soutiens politiques, dénonçant à juste titre les menaces reçues, tout en ignorant l’amalgame dangereux de son tweet.11 septembre. https://t.co/zdOJmKyTTA
— Judith Waintraub (@jwaintraub) September 11, 2020
« Cette journaliste l’a mise en danger »
Cette dernière polémique qui a agité twitter ces derniers jours avec un hasthag « Je soutiens Imane », a une nouvelle fois révélé le niveau de violence politique en France, après les multiples sorties de Zemmour ou la publication d’une illustration de Danièle Obono représentée en esclave par le magazine Valeurs actuelles.« Quand cette journaliste partage la vidéo de BFM TV en tweetant 11 septembre, c’est pour établir un lien entre l’islam et le terrorisme. Il faut dire ce qui est : c’est de l’islamophobie. »Habiba Bigdade, déléguée départementale de la Ligue des droits de l’homme dans les Hauts-de-Seine, estime que ce tweet n’est pas gratuit, dans un contexte marqué par le procès des attentats.« Ce tweet veut punir BFM TV d’avoir diffusé cette vidéo et d’avoir traité cette étudiante comme une étudiante. On ne veut pas banaliser ces femmes, qui sont des Françaises comme les autres. On ne veut pas voir cette image de l’islam tel qu’il est majoritairement en France car si on se met à donner une autre image de l’islam, on aura du mal à exprimer son islamophobie. On essaie donc de politiser le voile pour rendre plus acceptable l’islamophobie, avec cette idée qu’on ne serait pas contre l’islam mais contre le terrorisme. »Condamnant les menaces reçues par les deux femmes, Habiba Bigdade fait néanmoins valoir le deux poids deux mesures dans cette affaire. « En vilipendant une femme qui est sans protection, cette journaliste l’a mise en danger ».« Son nombre d’abonnés Instagram est en train d’exploser ! »
Interrogée sur les causes de la focalisation médiatique récurrente en France autour de la femme voilée, Habiba Bigdade l’interprète comme « la volonté de rejeter ce modèle de femmes musulmanes qui ont librement choisi de pratiquer leur religion ou de porter leur voile tout en étant épanouie socialement » à travers des activités professionnelles, étudiantes, sportives, etc.Les exemples du bashing contre la syndicaliste de l’UNEF Myriam Pougetoux ou de la maman voilée exclue il y a quelques mois d’un conseil municipal ont été évoqués.« Il y a toujours ce fantasme colonial où il faut libérer la femme musulmane du joug de l’homme. Pourtant, lorsqu’on connait les inégalités homme-femme dans la société, on est loin du compte. Les femmes sont des proies plus faciles à attaquer », dit-elle, ajoutant que cette exclusion est faite au grand bénéfice des conservateurs.Enseignante, responsable d’une société de communication et chroniqueuse à radio France Maghreb, Samia Chiki n’a pas été étonnée de ce tweet de Judith Waintraub.« C’est triste à dire mais on connait un peu le personnage. Tweeter, comme elle l’a fait avec cette date symbole du 11 septembre, c’est nourrir l’amalgame. Ce n’est pas du tout faire honneur au métier de journaliste. C’est attiser la haine dans un contexte délicat avec le projet de loi contre le séparatisme », nous confie-t-elle.Sami Chiki y voit même un contre-feux destiné à ternir un projet social en pleine ascension médiatique.« Clique TV avait fait une émission avec Imane Boon et elle avait été classée par les 30 espoirs féminins de moins de trente ans par le magazine Vanity Fair. J’ai l’impression qu’il s’agit de la part de cette journaliste d’une stratégie de communication pour que le buzz ne soit pas fait sur la prestation d’Imane. »
« Il y a une volonté de museler ces femmes et de les invisibiliser »
« La situation est moindre en Belgique qu’en France »
La France serait-elle une exception européenne sur la question du traitement médiatique et social du voile ?Nous avons posé la question à Ayşe Malçikan, une jeune femme belge, diplômée en science de la communication et de l’information à l’Université libre de Bruxelles.« La situation est moindre qu’en France. Il n’y a pas la même intensité dans le rejet du voile, même si le doute est présent dans les regards, le questionnement ou la pensée des Belges. »Si le milieu universitaire est plus inclusif, la même ouverture d’esprit n’est pas nécessairement de mise dans le monde professionnel, « où les portes ne cessent de se fermer ».Ayşe Malçikan reconnait ainsi avoir été victime de discrimination dans un entretien d’embauche récent pour un poste qualifié dans lequel il a été fait mention du retrait de son foulard.« Ce type de polémique est un non-sens pour moi, une absurdité. Le voile est un choix personnel et le fruit d’un cheminement. La médiatisation négative autour du voile a perturbé l’esprit de beaucoup de personnes », conclue-t-elle en soulignant qu’il existe des associations belges de lutte contre les discriminations, et qu’elle entend bien les saisir.A lire également :
