Qui était Ibn Hajar al Haytami ? Grande figure savante du Xe siècle de l’Hégire, savant incontournable de l’école chafi’ite, Ibn Hajar, défenseur de l’oeuvre d’Ibn ‘Arabi, était aussi versé dans les sciences ésotériques du tassawuf. Mosaab Ouzaïd nous en dresse le portrait dans l’une de ses chroniques sur Mizane.info.
Une « étoile itinérante dans le ciel nocturne »
Imam des chafi’ites de son temps, grande référence de l’école chafi’ite, ses travaux et son expertise font autorités dans l’ensemble de l’école. Grand défenseur du soufisme, de ses maîtres et modèles, et de leurs enseignements, il a consacré plusieurs travaux au tassawwuf et à la tazkiya (purification), et il était lui-même un éminent ascète soufi. Il était aussi muhaddith (mémorisateur et spécialiste de la tradition prophétique) et mufasir (exégète), et maîtrisait la rhétorique, la logique, les sciences de l’éloquence, la grammaire, et bien d’autres disciplines telles que l’histoire ou l’arithmétique. Auteur prolifique, ses écrits sont toujours lus et étudiés.Ibn el-‘Imed el-Hanbali (رحمة الله عليه) l’a présenté en ces termes : « Cheikh el-Islam, sceau des grands Savants, océan serein, Imam El-Harameyn par consensus de l’assemblée des Savants, l’étoile itinérante dans le ciel nocturne, par laquelle, en vérité, ceux qui sont bien guidés obtiennent la guidée, comme Allah dit : ﴾ainsi que des points de repère. Et au moyen des étoiles [les gens] se guident.﴿ [16:16] […] »Le petit-fils du silence
Ibn Hajar est né en Égypte en l’an 909 de l’Hégire (1531), dans la localité d’Abû-l-Haytam actuellement nommée El-Haytam. Cette localité se trouve dans la région de Gharbiyya, près de Tanta, dans le delta du Nil. Il est rattaché aux Beni Sa’d, qui se sont installés dans la région de Charqiyya qui se trouve à l’est du delta du Nil. Hajar – c’est-à-dire : « pierre », est initialement le surnom de son grand-père, un homme de vertu se murant dans le silence, il était muet comme une pierre et connu pour cela, si bien que les gens l’ont surnommé Hajar.Ibn Hajar a perdu son père et son grand-père lorsqu’il était petit enfant. Son éducation religieuse fut assurée par deux savants musulmans versés dans la science et le tassawwuf, Chems ed-Din Ibn Abi-l-Hama’il et Chems ed-Din Muhammed ech-Chanawi. Il fut donc bercé dans le soufisme et l’amour de la science des ses jeunes années. Ensuite, il fut envoyé à Tanta, à la prestigieuse école de la mosquée du Qutb Sayyid Ahmed el-Badawi, l’un des plus grands Awliya’ d’Égypte.Mufti à 20 ans !
Après ce premier cycle d’études, en l’an 924 (1546), il rejoindra al-Azhar afin de poursuivre ses études auprès des grands savants azharites de son époque. Il étudiera de nombreuses années dans cette Université, tissant de forts liens avec ses professeurs et recherchant sans cesse leur compagnie. Avant d’atteindre l’âge de vingt ans, il avait déjà obtenu la permission de tous ses professeurs pour donner des fatawas (avis juridiques) et enseigner, mais il préféra pousser plus loin ses études avant de mettre en avant ses compétences.
Ibn Hajar, un savant éclectique
Après le décès de ce savant en l’an 926 (1548) de l’Hégire, Ibn Hajar reçut l’enseignement de Abû-l-Hassan Muhammed el-Bakri (رضي الله عنه). Ce dernier était un maître soufi bien connu de son temps, descendant du premier calife Abû Bakr es-Siddiq (رضي اللّه عنه), honoré en son temps du titre de Taj el-‘Arifin – Couronne des Gnostiques, et il possédait plusieurs chaînes, dont une remontant à Abou Madyan (قدس الله سره).Il fut aussi l’élève de nombreux savants notoires issus de toutes les composantes du sunnisme. En jurisprudence, ils suivaient tous l’une des quatre écoles, en ce qui concerne la spiritualité ou l’ihsan (excellence), ses plus grands savants étaient tous dans l’une des voies confrériques du tassawwuf, et en croyance, tous sans exception étaient ach’arites ou maturidites (deux écoles théologiques du sunnisme, ndlr).De l’exposition à la controverse
En 940, après avoir accompli plusieurs hajj, il s’est installé à La Mecque et a commencé à y enseigner, et à y délivrer des fatawas. C’est aussi à partir de cette période qu’il a composé plusieurs ouvrages importants.Il compte sur le plan du fiqh parmi les principales autorités de l’école chafi’ite, la plus importante source de fatawas de la dernière école chafi’ite, et l’un des muhaqqiqin. Il fait en effet partie des savants capables de sélectionner, parmi les avis des mujtahidun d’une école, ceux qui sont les plus conformes aux fondements et les plus forts en terme d’argumentation et d’analyse. Ainsi, l’ensemble des chafi’ites suivent les travaux de l’Imam Ibn Hajar el-Haytami.La doctrine ach’arite n’avait pas de secret pour lui, et il était particulièrement doué dans le domaine de l’explication, de l’argumentation, de la clarification doctrinale, et dans certaines réfutations liées à des controverses d’école .Le tassawwuf et la défense des awliya’ (saints de l’islam ésotérique) était un thème qu’il avait à cœur, en plus de ses nombreux ouvrages consacrés au tassawwuf. Dans ses Fatawa el-Hadithiyya, il a prononcé une importante fatwa intitulée : « Quiconque dément, rejette ou désapprouve les soufis (les maîtres), Allah ne rendra pas sa connaissance bénéfique. »
Un défenseur d’Ibn ‘Arabi
Il met en évidence que ceux qui s’opposent aux awliya’ et à leurs enseignements, ne font qu’étalage de leur ignorance de la terminologie soufie ainsi que de leur fanatisme. Il dit entre autres sur ceux qui s’en prennent à Ibn al-‘Arabi : « Vous constaterez que ceux qui démentent et qui agressent ce grand homme (Ibn al-‘Arabi) et affirment son incrédulité, grimpent sur des montures aveugles, et ils trébuchent comme un chameau atteint de trouble de la vision. En vérité, Allah a détourné leur vue et leur ouïe de cette compréhension, jusqu’à ce qu’ils tombent dans ce qu’ils sont tombés, ce qui les a rendus méprisables et a rendu leur savoir inutile. »
Une œuvre prodigue
Parmi ses principaux ouvrages se trouvent Charh el-‘Oubab et Tuhfat el-Muhtaj réputé dans l’école chafi’ite. Son recueil nommé Fatawa el-Hadithiyya est un de ses plus célèbres ouvrages, il contient de nombreuses sentences qui font autorités dans l’école Chafi’ite, et il est une référence importante pour de nombreux sujets qui ne sont pas spécifiques à l’école Chafi’ite. Son Kitab Fath el-Mubin est un commentaire bien connu des quarante Hadiths de l’Imam En-Nawawi. Son ouvrage Es-Sawa’iq el-Muhriqa est un ouvrage de référence dans la controverse doctrinale avec le chiisme. Son Jawhar el-Munazzem est un ouvrage sur la visite de la Rawda Parfumée du Messager de Dieu (ﷺ) et comporte également une critique argumentée de l’avis d’Ibn Taymiyya à ce sujet. Il a aussi écrit Achraf el-Wassa’il, un bel ouvrage traitant des nobles attributs du Messager d’Allah (ﷺ). Dans le registre du Manaqib, il est l’auteur de plusieurs contributions dont le Kitab Kheirat el-Hissan, consacré aux mérites de l’Imam Abû Hanifa. Il a aussi laissé un beau commentaire nommé Minnat el-Makkiyya sur la Hamziyya de l’Imam Busiri et il est l’auteur de Tahrir el-Maqal, Fath el-Illah, Dhikr el-Athar, Et-Ta’ruf fi-l-Asleyn, Nasihat el-Muluk et de nombreux autres ouvrages, dont près d’une quinzaine dans le Tawhid, et près d’une vingtaine dans le Tasawwuf et la Tazkiya.Parmi ses élèves et compagnons se trouvent l’Imam El-Muttaqi el-Hindi, le compilateur du Kanz el-‘Oummal, le Molla ‘Ali Ibn Sultan el-Qari, un des grands Savants Hanafites et l’auteur du célèbre Mirqat, et parmi ses élèves notoires se trouvent aussi le Cheikh ‘Abd er-Rahman el-‘Amudi, le Cheikh Burhan Ibn el-Ahdab et de nombreux autres (رضي الله عنهم).Il est décédé en l’an 974 de l’Hégire à Mekka el-Mukarrama. Il a été enterré au cimetière El-Mu’alla, dans l’endroit réservés aux Tabari de Mekka.Mosaab OuzaïdSources bibliographiques :Voir introduction de Tahrir el-Maqal ; El-Aydarus, En-Nur es-Safir ; Najm ed-Din el-Ghazi, El-Kawakib es-Sayirat ; Hajjı Khelifa, Sullem el-Wussul ; Ibn el-‘Imed el-Hanbali, Chadharat ; Ech-Chawkani, El-Badr et-Tali’ ; El-Luknawi, El-Fawa’id ; Ez-Zirikli, El-A’lem ; El-Kahhala, Mu’jam el-Mu’allifin.A lire aussi :
