Pèlerins musulmans à La Mecque.
Après la disparition de Christian Yahya Bonaud et à l’occasion de l’hommage que nous lui rendons, Mizane.info publie l’un de ses textes plaidoyers en faveur d’une réappropriation commune de l’héritage islamique. Un texte dans lequel Yahya Bonaud appelait l’ensemble de ses coreligionnaires à dépasser leurs divergences doctrinales pour enrichir leur propre héritage.
Au nom du Miséricordieux…
Si, pour préserver l' »unité des musulmans » (wahdat al-moslimîn), il fallait s’en tenir au Plus Petit Dénominateur Commun entre les musulmans:Il faudrait renoncer à parler d’Ibn ‘Arabî, d’al-Ghazâlî ou de Hallâdj, pour ne pas froisser ceux qui n’acceptent pas le soufisme;Il faudrait renoncer à parler d’Ibn Sîna et d’Ibn Roshd, pour ne pas fâcher les anti-philosophes;Il faudrait renoncer à citer Ibn Taymiyya et Ibn Kathîr, pour ne pas chiffonner ceux qui n’apprécient pas le salafisme hanbalisant;Il faudrait renoncer à citer Abdouh et al-Afghâni, pour ne pas courroucer les anti-réformistes;Il faudrait renoncer à citer Qotb et Mawdoudi, pour ne pas irriter ceux qui n’apprécient pas les relectures de l’histoire;Il faudrait renoncer à parler de Kolayni ou de Khomeyni, pour ne pas soulever l’ire des pourfendeurs de shiites;Il faudrait ainsi renoncer à parler de tant de choses, qu’il ne nous resterait plus que les seuls versets du Coran, et encore : à la condition expresse de les citer sans en causer, car dès lors qu’il faudrait en parler, chacun se rendrait compte qu’il les entend d’une manière et que d’autres à ses côtés les entendent tout autrement…Autant dire qu’il faudrait se taire, et même carrément s’écraser…Vers une réappropriation commune de l’héritage islamique
Non, l’unité ne saurait se faire en s’en tenant ainsi au Plus Petit Dénominateur Commun, car une telle démarche ne peut être qu’inhibitrice et réductrice.C’est au contraire à partir du Plus Grand Commun Multiple que peut et que doit se faire l’unité. Autrement dit, l’unité des musulmans ne peut se faire qu’entre ceux qui comprennent que le patrimoine commun et indivis de la communauté musulmane comprend aussi bien :les oeuvres d’Ibn Taymiyya et celles Ibn ‘Arabî;les livres d’al-Ash’arî comme ceux d’Ibn Sînâ;les écrits de Bokhârî et ceux de Kolaynî;les ouvrages de Sayyid Qotb comme ceux de Khomeyni;les épitres d’al-Ghazâlî et celles de Mawdoudî;la théosophie du shiisme comme la gnose du soufisme;la pensée des philosophes et celle des politiciens;et tant d’autres richesses inestimables que l’on ne pourrait épuiser…En effet, c’est la Communauté musulmane tout entière qui est l’héritière de tout ce patrimoine, car si chacun a bien la paternité de son propre apport, il n’en possède en aucun cas la propriété exclusive.A lire également : La négation sociologique de la communauté musulmane : perspectives
Les membres de cette Communauté ont alors le choix entre rester chacun avec la part qu’il considère comme son héritage propre, ou au contraire jouir en commun de ce patrimoine indivis.Élargir son propre horizon
Les premiers resteront alors à jamais jalousement penchés sur un héritage qui ne pourra point s’enrichir, puisqu’il se ferme totalement à tout apport extérieur.Les seconds, au contraire, ne cesseront de faire vivre et fructifier leur héritage en profitant des apports mutuels des uns et des autres (y compris, d’ailleurs, des apports extérieurs à leur propre Communauté).


